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    Armées: Le grand malaise de la Grande Muette

    La démission du Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre, le Général Bruno Cuche, après que Nicolas Sarkozy l’ait violemment pris à partie lundi matin en sortant de l’hôpital où il avait rendu visite aux blessés de Carcassonne, comme la tribune publiée le 17 juin dans le Figaro par un groupe d’officiers généraux anonyme baptisé « Surcouf » dénonçant la légèreté et les insuffisances du Livre Blanc sur la défense, sont autant de comportements, inhabituels chez des militaires habitués à l’obéissance au pouvoir politique, qui traduisent le profond malaise de nos armées et l’incompréhension qui s’est installée entre les militaires et le Président de la République, Chef des Armées.

    Pour bien percevoir ce qui se passe aujourd’hui il faut se rendre compte que depuis 50 ans il n’y a pas d’institution qui ait connu autant de réformes, de dégraissages, de révolutions même que l’institution militaire qui dans le même temps a vu son prestige décliner et sa place dans la Nation s’amoindrir.

    Premier traumatisme, la Guerre d’Algérie dont nos armées, vainqueurs sur le terrain, sont sorties blessées après qu’une partie d’entre elles se soit dressée contre le pouvoir civil qui avait transformé cette victoire militaire en défaite politique.

    Purges, condamnations à mort ou aux travaux forcés, mises à pied, dissolution de régiments entiers parmi les meilleurs ont durablement marqué plusieurs générations de militaires.

    Les plaies du drame algérien encore ouvertes, nos armées, rentrées dans leurs casernes, se sont tout entières consacrées à la préparation du scénario qui était le plus probable dans les années 70, d’un affrontement majeur avec les forces du Pacte de Varsovie sur le Théâtre Centre Européen.

    Deuxième rupture avec une partie de la société civile – certes moins douloureuse que la Guerre d’Algérie, mais au moins aussi profonde et inscrite dans la durée – les évènements de Mai 68 et leurs conséquences sociétales.

    « Jouir sans entraves », « Il est interdit d’interdire » sont autant de mots d’ordre de l’époque qui ont entraîné un bouleversement des rapports sociaux sur fond de laxisme et de permissivité à l’antipode des valeurs d’Honneur, de Fidélité et de Patrie inscrites dans les plis des drapeaux de nos régiments et dont les Armées sont les gardiennes traditionnelles.

    L’implosion en chaîne, entre 1989 et 1991, des régimes communistes d’Europe de l’Est a été perçue comme une victoire sans combats et sans appel du Camp de la Liberté sur celui de l’oppression , le triomphe planétaire du modèle libéral américain sur son rival soviétique, et a pu être interprété par certains intellectuels comme le début de la fin de l’Histoire et des affrontements.

    A quoi sert une défense quand il n’y a plus d’ennemi(s) ? Les Européens, saisis de vertige face à ce vide stratégique et oublieux des leçons de l’Histoire, se sont empressés de répondre à cette question en réduisant progressivement leur effort de défense et en réduisant sensiblement le volume de leurs forces armées.

    Mais la nature est têtue ! L’émergence de nouvelles menaces a rendu notre environnement encore plus dangereux que par le passé car plus imprévisible. A ces nouvelles menaces, les grandes puissances, ou au moins celles qui ont des ambitions sur la scène internationale, ont répondu par un accroissement substantiel de leur effort de défense. Toutes sauf les Européens dont la seule ambition historique semble aujourd’hui se limiter à l’horizon gris de la courbe de croissance de leur économie.

    C’est dans ce contexte de cécité stratégique et de réduction des moyens qu’est intervenue en 1996 la professionnalisation des Armées, voulue par Jacques Chirac contre l’avis de la plupart des chefs militaires.

    Une des conséquences de cette véritable révolution a été de couper davantage encore l’Armée de la Nation en supprimant le lien organique qui les unissait grâce à la conscription.

    Mais au moins Jacques Chirac passait-il pour un fana-mili ayant conservé une certaine idée de la France et du rôle de son Armée.

    Tel n’est plus le cas avec Nicolas Sarkozy, qui à ma connaissance n’a jamais brillé pour son intérêt pour les questions de défense et la chose militaire. Pas plus que son Ministre de la Défense Hervé Morin qui apparaît aux yeux des militaires plus comme l’exécuteur des basses œuvres de Bercy, dans le cadre de la Révision Générale des Politiques Publiques, que comme le défenseur des intérêts de nos Armées.

    Le résultat de cette méconnaissance du monde militaire, et de l’absence de vision stratégique du rôle de la France et de l’Europe dans le monde, a produit le Livre Blanc sur la défense, qui prévoit sur 6 ans un dégraissage de 54.000 personnels civils et militaires et confirme les craintes de paupérisation globale exprimées par le Général Cuche au mois de janvier 2008 dans une lettre adressée au Chef d’Etat-Major des Armées, le Général Georgelin.

    De la paupérisation de nos Armées à la démission du Général Cuche, en passant par l’affaire de Carcassonne, c’est à une véritable rupture entre l’Armée et ses chefs civils que nous en sommes en train d’assister.

    Une rupture de plus après la Guerre d’Algérie, Mai 68, l’effondrement du communisme et l’abandon de la conscription !

    Christian Chaton – Conseiller général identitaire du Val d’Argent (Alsace)

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