Concert de rap : les dessous d’une polémique

Hier, l’adjointe à la culture Muriel Marland-Militello a rencontré à l’Ariane les porte-parole du groupe Negrescro pour vérifier leurs textes et photos. Et elle a bien donné son accord pour qu’ils se produisent lundi au théâtre Lino-Ventura. : Photo Cyril Dodergny
L’adjointe à la culture a tranché : « Il n’y a pas de problème avec Negrescro ». Hier, Muriel Marland-Militello a rencontré ce groupe de rap niçois à l’Ariane pour contrôler ses textes et photos, cible d’une agitation orchestrée par l’ultra-droite.
« Negrescro ». A Nice, un tel nom passe difficilement inaperçu. Il peut en revanche prêter à diverses interprétations. Pour preuve, la polémique qui précède leur concert prévu lundi au théâtre Lino-Ventura, dans le cadre du festival « Urban attitude » organisé par la Ville.
Car depuis quelques jours, un concert d’appel téléphoniques résonne au Lino-Ventura et en mairie. Leurs auteurs rechignent à se dévoiler. Ils présentent en revanche Negrescro comme un groupe qui n’aurait pas sa place sur une scène, municipale qui plus est.
« Sale p… » à la niçoise
Que lui est-il reproché ? De véhiculer une « haine de la France, de la police », un « racisme anti-blanc », des « propos sexistes et homophobes » et autres joyeusetés. Ces accusations émanent des Identitaires du pays niçois, mouvement nationaliste d’ultra-droite. Leur argumentaire, développé dans un communiqué et relayé par des sites Internet à connotation extrémiste, cible une vidéo récemment visible sur la page MySpace de Negrescro.
Alors que la polémique autour du Sale pute d’Orelsan (1) agite jusqu’au sommet de l’Etat, le rap niçois tiendrait-il son groupe à scandale ? Le raccourci est facile, trop facile. Mais probablement espéré par certains.
Le précédent Capleton
Car Muriel Marland-Militello n’a aucune intention de déprogrammer Negrescro, pas plus que les sept autres groupes à l’affiche lundi. « On ne peut tolérer que quelqu’un insulte les blancs, les femmes ou les autorités. Mais c’est mal connaître le rap que de s’indigner de termes abrupts, exprimant un mal-être. Je crois qu’il n’y a aucun danger et que tout cela a été monté en épingle par l’extrême-droite ». « MMM » a néanmoins fait retirer du site la vidéo incriminée.
Au final, beaucoup de bruit pour rien ? Probable. Mais les instigateurs de la polémique ont peut-être obtenu ce qu’ils cherchaient : semer le doute. Début 2007, en agitant un tel climat délétère, l’ultra-droite avait précipité l’annulation d’un concert de rap au palais Nikaïa.
(1) Plusieurs festivals ont déprogrammé ce rappeur caennais en pleine ascension, face à l’indignation du milieu politique et d’associations face à ses paroles très crues. Cette chanson vieille de deux ans est pourtant absente de l’album d’Orelsan, qui ne la chante pas sur scène.
Nice-Matin du 24 avril 2008