Avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée et Brice Hortefeux, son fidèle d’entre les fidèles, au ministère de l’Intérieur, après avoir été en charge de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale, poste auquel le très sarkozyste Eric Besson, dont on dit en haut lieu qu’il se droitise, lui a succédé, l’éradication de l’immigration clandestine ne devrait être qu’une formalité. Or c’est de pire en pire.
Lundi 20 juillet, une journée comme une autre au rythme des dépêches d’agences de presse. La première, émise par Reuters, nous apprend que les « sans papiers » virés fin juin des locaux qu’ils occupaient depuis plus d’un an à la Bourse du Travail de Paris par des gros bras de la CGT viennent de trouver un nouveau gîte : un local de 4 800 mètres carrés dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Ils n’ont donc pas été expulsés du territoire ? Pas placés dans un centre de rétention en attendant qu’un jugement permette de les « éloigner du territoire » ? Et bien non ! Non seulement ils sont toujours là, mais comme, quelques jours plus tôt, s’étant installés, à trois cents et quelques, sur un trottoir du boulevard du Temple, ils avaient eu droit à des remontrances des autorités, ils avaient passé un accord avec la préfecture ! D’accord pour partir, mais à une condition, celle d’être vite « régularisés », demandaient-ils même pas poliment. Trop brutal pour la préfecture, qui avait promis… la même chose, mais énoncé différemment : tous leurs dossiers seraient examinés « avec bienveillance ». « Ça ne veut rien dire », a répondu Sissoko Anzoumane, « animateur de la Coordination des sans-papiers 75 », porte-parole donc de tous ces délinquants, dont on ne comprend pas pourquoi il n’est pas en prison plutôt que d’aller squatter un immeuble de la Caisse primaire d’assurance maladie, qui est pourtant on ne peut plus généreuse avec les clandestins, soignés gratuitement, eux, c’est-à-dire à nos frais, en vertu de l’Aide médicale d’Etat, toujours pas abrogée.
Immigré illégal, ce n’est plus un délit
Deuxième dépêche, émise par Reuters cette fois, quelques heures plus tard. Le tribunal de grande instance de Bobigny, saisi par la préfecture, refuse de prononcer l’expulsion d’un camp de Roms installé à Saint-Ouen à l’initiative de Médecins du monde. Les Roms avaient été placés là, sur un terrain appartenant à l’Etat, après qu’un incendie avait ravagé un hangar où ils avaient trouvé asile. Un hangar pas à eux, évidemment. Mais pour le juge, pas question de les sommer de partir tant qu’une « solution pérenne » n’a pas été trouvée pour leur logis ! Le 10 juillet pourtant, le préfet de Seine-Saint-Denis avait annoncé avoir trouvé cette solution « pérenne » : la construction de « villages d’insertion » pour les papas roms, les mamans roms et les enfants roms, avec « mise en place d’un tableau de suivi permettant d’actualiser leur situation ». Il s’agirait pas non plus de les loger sans s’assurer qu’ils ont tout ce qu’il faut. La boulangerie n’est pas trop loin pour le croissant du matin ?
On se souvient qu’en avril, à moins de deux mois des élections européennes, une vaste opération de police avait été menée à Calais, peu avant la venue sur place d’Eric Besson. Cent cinquante clandestins, rebaptisés « migrants », avaient été interpellés, pour la plupart dans ce qu’on appelle maintenant « la jungle ». Essentiellement des Afghans. Des braves types, nous explique-t-on, qui viennent chez nous parce que chez eux, ce n’est pas vivable n’est-ce pas, il y a la guerre. Merci, on sait. C’est là-bas que nos soldats vont se faire tuer pour eux ! C’est là-bas que l’été dernier, au cours d’une seule embuscade, dix de nos enfants sont morts ! Et eux, ils ne peuvent pas y vivre ? Ils ne peuvent pas s’y battre ? Ben non, la guerre, ça peut blesser, on peut même en mourir, et ce n’est pas bon pour l’hygiène, alors on est mieux en France. Sur ces cent cinquante interpellés, la France en a relâché… cent cinquante. Même les neuf placés en garde à vue – les autres, on a juste dû leur dire d’aller un peu plus loin – ont été libérés. Pas de charges contre eux ! On cherchait des passeurs. Ils n’en étaient pas. Que des délinquants très ordinaires. « Aucun chef d’inculpation n’a pu être retenu contre eux » a dit le procureur. Alors retour à la « jungle »…
L’UE veut répartir les migrants en Europe
Le 9 juillet, ce sont 92 Africains qui ont été accueillis en France, envoyés pour moitié à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, d’autres vers… Poitiers. Des « migrants » pas comme les autres. Ceux-là, Eric Besson est allé les accueillir à l’aéroport ! Il était même allé à Malte, quelques semaines plus tôt, pour les voir. Des Erythréens, des Somaliens, des Soudanais, dont il s’est assuré qu’ils parlaient à peu près… anglais ! Un critère pour leur intégration à venir… Il voulait être sûr aussi qu’ils avaient de la famille en France. Ils en avaient. Mais ce ne sont pas leurs familles qui les prendront en charge. Ce sera la France. « A ceux que l’oppression a chassés de leur pays, la France mettra à disposition tout l’accompagnement nécessaire à leur intégration », leur a promis Besson. En anglais… Pendant six mois, ils vont être hébergés aux frais de la Ddass. Aux nôtres donc. En tant que réfugiés politiques, ils auront droit au revenu de solidarité active, à la couverture maladie universelle, aux allocations familiales. Ceux qui ne parlent pas français – tous ! – auront droit à une formation et des « travailleurs sociaux » les « accompagneront » le temps qu’il faudra…
Les immigrés en provenance de Malte sont le fruit d’un nouveau dispositif européen, dont il n’a bien sûr pas été question durant la campagne des européennes. Certains pays ont trop d’immigrés sur leur sol. Pas en soi, par rapport à d’autres pays ! Donc ? Donc on va faire jouer le principe des vases communicants. A Malte, il y a autant de nouveaux migrants chaque année que de naissances. C’est trop. En France, il y en aurait plutôt plus que de bébés direz-vous. Certes, mais la France est plus grande. Il y a plus de place pour les accueillir. C’est ce que la Commission européenne appelle la « répartition interne des réfugiés ». Il faut soulager la Grèce, l’Italie, Malte, Chypre. Et la France ? Sur 550 000 kilomètres carrés, elle a de quoi être généreuse. Par exemple avec les 10 000 réfugiés irakiens que l’Union européenne veut bien accueillir et qu’il va bien falloir mettre quelque part. Ceux-là aussi fuient un pays, leur pays, où d’autres vont se faire tuer à leur place…
Eric Besson, ministre de l’Identité nationale ? La bonne blague ! Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur ? La rigolade ! Et Nicolas Sarkozy, dans tout ça ? Ben il a été élu, non ? La substitution de population, ça ne fait pas partie des crimes passibles de la Haute Cour pour haute trahison. Alors reprise de la thématique identitaire fin 2011, début 2012.
Lionel Humbert