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    Entretien avec Philippe Vardon

    Un intéressant entretien publié sur le blog de Pierre-Louis Hikoum, adhérent et militant du Front National.

    Entretien avec Philippe VARDON, Chef de file des Identitaires de Nice.

    Dans le cadre des interviews que nous réalisons, nous avons voulu donner la parole aux Identitaires. Certains vont pousser des cris d’orfraies, penser que nous sympathisons avec le diable ou pire encore. Il est vrai que les Identitaires font partie d’une autre droites que celle du FN, mais c’est ainsi, nous nous intéressons à TOUTES les droites et nous donnons la parole à tout le monde.

    Parmi les Identitaires il y a Nissa Rebela dont le président est Philippe Vardon. Il a 29 ans, il est marié, il est commerçant et a fait des études de droit et sciences politiques.

    PLH- Monsieur Vardon, merci de nous recevoir. Pourriez-vous nous décrire votre parcours politique ?

    PV- J’ai développé une conscience politique assez jeune. Conscience politique balbutiante à l’origine, qui au gré de lectures, rencontres, expériences et d’une maturation personnelle m’a amené vers l’engagement identitaire qui est aujourd’hui le mien.

    J’ai fait mes premiers pas vers une certaine forme de militantisme il y a 15 ans maintenant, à 14 ans, en me rapprochant de l’une de ces bandes de “rebelles blancs” aux cheveux courts que l’on pouvait trouver à cette époque dans toutes les grandes villes de France et d’Europe. Des bandes de jeunes (souvent issus de milieux très populaires) qui se formaient face au sentiment qu’on les dépossédait peu à peu de leur héritage entre une immigration qui était en train de devenir massive, et un antiracisme convulsif et totalitaire. Nous appartenions à cette génération qui a subi des professeurs arborant la petite main jaune de SOS Racisme au col de leur veste… Grandissant dans la cité HLM des Moulins – dans un immeuble où nous étions la seule famille gauloise ! – c’est alors ma peau qui m’apparaissait comme ma première frontière, c’est la fracture ethnique qui m’éclatait en plein visage. Le scoutisme (sans lequel je serais certainement devenu un petit délinquant et auquel je suis éminemment redevable), et un certain héritage familial m’ont permis de donner quelques contours à cette colère, de la politiser. Si cet engagement juvénile et turbulent ne fut pas exempt d’une certaine dose de provocation et de nombreuses erreurs ou maladresses, il m’a néanmoins permis de m’endurcir et de faire certaines rencontres décisives pour mes choix futurs.

    Assez rapidement, j’ai senti le besoin de faire plus, mieux, autrement, et dès mes années de lycée j’ai commencé à militer activement auprès des noyaux nationalistes-révolutionnaires sur Nice. Ce fut d’ailleurs l’évolution de nombreux jeunes avec lesquels j’avais fait mes premières armes. Sur le plan des idées, j’y retrouvais mon aspiration à un nationalisme qui se souciait aussi d’Europe et en faisait un des piliers de sa doctrine. C’est là que j’ai réellement démarré ma formation politique, tant au niveau des idées, avec de nombreuses lectures, que sur le plan de l’activisme avec mes premiers collages, tractages, défilés. Parallèlement à nos activités purement “groupusculaires”, nous participions aussi à l’animation du Renouveau Etudiant. Ce syndicat étudiant satellite du Front National, avait le mérité de regrouper en son sein des militants issus du FN tout autant que des autonomes. Je pense d’ailleurs qu’au sein du RE (et au RE niçois c’était en tous cas évident) il y avait davantage d’étudiants extérieurs au FN que de militants encartés dans ce parti. Nous avons connu de bons résultats avec plusieurs élus, et avions même un local en faculté de droit. Lycéen à d’Estienne d’Orves, juste à côté de la fac, j’y ai passé de nombreuses heures et y militait activement bien que n’ayant pas encore mon bac en poche! Lors de mon entrée en faculté, j’ai continué à m’occuper de militantisme estudiantin, en devenant le responsable de l’Union et Défense des Etudiants Niçois ayant pris la suite du RE. J’ai ensuite occupé des responsabilités nationales dans le cadre d’une coordination des étudiants “enracinés” (nationaux, nationalistes, régionalistes). Je vois aujourd’hui cette période comme une préparation, une gestation de ce que sont aujourd’hui les identitaires.

    En effet, en septembre 2002, c’est sur une armature largement issue de ce réseau étudiant que nous avons décidé de lancer les Jeunesses Identitaires, dont je fus porte-parole pendant cinq ans. Les JI ont jeté les bases du mouvement identitaire (le Bloc, mouvement “adulte”, sera créé quelques mois plus tard) tant sur le plan du style que des idées et ont permis la formation d’une première génération de cadres identitaires uniquement formés à notre école, débarrassés d’un certain nombre de scories malheureusement typiques du “camp national”.

    En 2006, nous avons présenté pour la première fois un candidat identitaire sous l’étiquette Nissa Rebela dans une cantonale partielle sur Nice nord. Un an plus tard, j’ai décidé de me consacrer pleinement à notre implantation niçoise en passant la main au niveau de l’encadrement de la jeunesse. Depuis nous avons été présents lors de tous les scrutins locaux, avec des résultats tout à fait encourageants et en progression constante. Sur le plan militant, nous avons aussi connu un développement très important, lié notamment à notre très forte influence parmi la jeunesse niçoise (auprès de laquelle nous avons recueilli 10% des voix aux élections municipales de 2008). Nous animons aussi des structures parallèles comme notre maison de l’identité niçoise, ou l’association Soulidarieta qui vient en aide aux plus démunis de nos compatriotes à travers la fameuse “soupe au cochon” qui a tant défrayé la chronique.

    Enfin (et je m’excuse auprès de vos lecteurs d’avoir été aussi long, mais on ne résume pas 15 ans en quelques lignes…), je participe aujourd’hui au Bureau Exécutif du Bloc Identitaire, qui est devenu un parti politique lors de notre convention d’Orange en octobre dernier pour faciliter notre financement et notre participation électorale.

    PLH- Il est impossible d’être précis et concis, nous le comprenons très bien. De plus cela permet d’éclairer sous un nouveau jour votre parcours et, peut-être, de casser quelques mythes.

    Quel est le projet politique du Bloc identitaire et plus particulièrement de Nissa Rebela?

    PV- Parlons plutôt de la façon dont le mouvement identitaire dans son ensemble envisage les choses. En effet nous sommes plus attachés à nous définir comme un mouvement (qui regroupe les groupes autonomes de jeunes identitaires, les partis locaux comme Nissa Rebela ou Alsace d’Abord, notre réseau des Maisons de l’Identité, nos associations d’entraide, nos initiatives culturelles ou sportives, et bien entendu le Bloc Identitaire comme pilier politique central) qu’à céder à la tentation partisane qui tend à faire du “parti” un absolu. C’est comme cela qu’on en vient à se soucier davantage de l’avancée du parti que de celle de sa cause…

    Disant cela, j’ai déjà mis le doigt sur une de nos spécificités : de la même façon que nous refusons le centralisme sur le plan de l’organisation de la nation (et nous allons en reparler), nous le rejetons dans notre façon de concevoir l’organisation politique. Nous nous considérons davantage comme un réseau, une fédération d’hommes, d’énergies, de compétences.

    Mais venons en à notre “projet politique”. Voilà comment les Jeunesses Identitaires résumaient fort bien les choses dans un communiqué de 2006. Je crois que nous n’avons pas varié depuis :

    “Si toi aussi tu as décidé de te battre pour :

    - Une France française et une Europe européenne, culturellement et ethniquement.

    - Un Etat fédéral respectueux des particularismes locaux et régionaux des peuples de France et basé sur la démocratie locale et participative.

    - Une économie maîtrisée par le politique.

    - Une société basée sur les principes d’entraide et de solidarité.

    - La préférence locale, française puis européenne pour l’emploi.

    - Le soutien aux jeunes foyers par une politique familiale et démographique ambitieuse.

    - Une Europe des peuples et des nations, indépendante et libérée.”

    Vaste programme comme aurait dit le Général… Mais nous pensons que la situation à laquelle nous sommes confrontés n’est pas que conjoncturelle, et que nous souffrons de maux profonds, structurels. Dès lors, c’est à un véritable projet de société alternatif que nous devons nous atteler. Pas à une simple réforme du monstre anti-français qu’est aujourd’hui la République sous sa forme actuelle.

    Plus spécifiquement, NISSA REBELA se veut la voix en Pays Niçois du mouvement de reconquête identitaire amorcé aux quatre coins de l’Europe (car nous pourrions tout autant évoquer le Vlaams Belang ou la Lega Nord). Notre souplesse sur la forme, tout comme notre attachement aux identités locales sur le fond, nous poussent à promouvoir la création de structures politiques locales là où cela nous semble correspondre à une certaine réalité. Dans le Pays Niçois, français depuis seulement 150 ans et dont personne ne pourra nier la particularité “quasi-insulaire” -écrivent Barelli et Rocca dans leur Histoire de l’identité niçoise-, il nous a semblé logique et cohérent de lancer un mouvement pouvant embrasser et porter les aspirations d’identité et de liberté du peuple nissart. En plus des objectifs et combats globaux du mouvement identitaire, dont Nissa Rebela se fait le relai à Nice, le mouvement se bat notamment pour défendre et promouvoir l’apprentissage de la “lenga nouostra” [notre langue NDLR], pour une véritable reconnaissance institutionnelle du Pays Niçois qui se trouve placé sous la triple tutelle de Marseille, Paris et Bruxelles, ou encore contre les falsifications historiques dont les politiques locaux se font trop souvent complices (comme tout récemment lorsque Christian Estrosi a entendu commémorer l’abolition de l’esclavage dans une démarche de culpabilisation des Niçois, alors même que l’esclavage n’a jamais été pratiqué dans notre ville –qui n’était même pas encore française lorsqu’il fut aboli en 1848- et que ce sont tout au contraire les Niçois qui en ont été victimes tout au long du moyen-âge, enlevés sur les côtes par les pirates musulmans et revendus sur les marchés aux esclaves d’Afrique du nord).

    Avec Nissa Rebela, nous nous inscrivons dans une tradition d’insoumission niçoise : héritiers de Ségurane, des Barbets, et pourquoi pas encore de Blanqui, Médecin ou Spaggiari !

    PLH- Sur l’échiquier politique, un consensus semble de dessiner pour placer les identitaires à la droite du Front National. Que pensez-vous du fait de vous retrouver à la droite d’un parti considéré comme étant d’extrême droite ?

    PV- Sur l’échiquier médiatique voulez-vous plutôt dire ? Nice Matin nous a affublés pendant une période du sympathique sobriquet d’ultra-droite. Ils arrivent désormais à écrire correctement “identitaire” ou “Nissa Rebela”, mais vivent sûrement dans l’impatience de voir surgir un mouvement de giga-droite ! Plus sérieusement, je pense que la façon dont on classifie (politologues et journalistes) aujourd’hui les partis politiques est totalement biaisée. Et c’est un diplômé de sciences-politiques qui vous le dit…

    Nous concernant, peut-on considérer que notre engagement en faveur des identités locales et d’une France décentralisée ; pour une démocratie organique, locale et participative ; notre espérance européenne, et notre refus de la soumission stratégique atlantiste ; notre refus du mondialisme et de la marchandisation des rapports humains ; notre défense du localisme comme alternative écologiste et économique ; peut-on réellement considérer que cela nous renvoie à droite, ou à l’extrême-droite ? Ou, alors s’agirait-il de définir une autre droite ; une droite enracinée, sociale, européenne.

    La vérité est qu’aujourd’hui, c’est à travers votre positionnement sur les questions d’immigration et d’islamisation que l’on vous situe sur l’échiquier politique. Partant de là, il est exact que nous sommes plus “durs” sur les questions d’immigration et d’islamisation que le Front National, en particulier après les errances que celui-ci a connues lors des élections présidentielles de 2007. Le discours de Valmy faisant de la nation une idée là où nous y voyons une réalité charnelle (la terre et les morts écrivait Barrès), plaçant au même niveau Platini et Zidane, comme si l’immigration européenne et l’immigration arabo-musulmane étaient de même nature et avaient les mêmes conséquences… Et puis, rajoutons à cela la beurrette au string rose, la dalle d’Argenteuil et les branches de l’arbre France ; bref, oui, de ce point de vue, nous sommes “plus à droite”.

    Et encore, les lignes bougent, avec aujourd’hui l’émergence d’une gauche “islamo-consciente” qui se retrouve bousculée dans ses vieux concepts. Je pense notamment à l’excellent travail de l’équipe de Riposte Laïque ou encore à une personnalité comme André Gérin (maire communiste de Vénissieux) qui a eu le courage -dans un entretien accordé à Familles Chrétiennes la semaine dernière- d’affirmer que la Burqa et l’islam posaient un véritable problème d’ordre civilisationnel, plaidant pour la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe ! Se faisant, il va même plus loin que certains représentants de la droite, fut-elle nationale, qui commettent à mes yeux une erreur fondamentale en se réfugiant (uniquement) derrière les valeurs républicaines.

    PLH- En 2009, lors des élections cantonales partielles de 2009 pour le 6e canton de Nice votre candidat Benoît Loeuillet et Jean-Louis Faudi pour le Front National, étaient séparés de 5 voix seulement. Pour les cantonales à venir l’année prochaine, pensez-vous former des alliances avec le Front National afin d’éviter de voir vos suffrages se disperser entre leurs candidats et les vôtres ?

    PV- Pour nous un accord doit toujours s’envisager sur des bases politiques. Nous goûtons assez peu les bricolages et arrangements politicards…

    Je rappelle tout de même à vos lecteurs que lors des élections municipales de 2008, nous avions travaillé pendant plusieurs mois sur un projet de liste commune avec le FN local. Bons joueurs (alors que nous représentions déjà la majorité des forces militantes), nous avions même accepté de laisser la tête de liste au secrétaire départemental du FN, Rémy François. Nous avions su nous rassembler sur un programme municipal commun, et un véritable projet. Ce bel élan, approuvé par tous les militants localement et offrant de véritables chances d’incarner une opposition solide et combattive au conseil municipal, a été brisé par le centralisme parisien du FN. L’accord a été refusé par Louis Alliot et Jean-Marie Le Pen qui ont imposé au FN niçois de faire une liste. Le résultat de cette décision fut catastrophique… La majorité des responsables locaux du Front nous ont rejoint et ont participé à notre liste (certains exercent aujourd’hui des responsabilités au sein de Nissa Rebela comme Aulde Maisonneuve ou Marie-Edith Cattet), Rémy François a démissionné de son poste de secrétaire départemental et a appelé à soutenir notre liste. Le FN a du dépêcher un mercenaire parisien (un proche de l’humoriste Dieudonné, démissionnaire du FN seulement quelques mois plus tard…) et monter une liste de bric et de broc, recrutée dans les maisons de retraite. La malheureuse Lydia Schénardi, a été bombardée tête de liste sur Nice sans connaître la ville (confondant même en pleine réunion publique la Croisette de Cannes et la Promenade des Anglais) et s’est retrouvée à la tête du département, considérée ainsi par beaucoup comme une parachutée. Situation davantage subie que choisie je crois. Dans de telles conditions, le FN a réalisé un pénible 4%, arrivant juste devant notre liste. Pas de remboursement des frais électoraux pour eux ni pour nous, mais surtout aucune représentation au conseil municipal.

    Je suis très amer quant à cette expérience et ses conséquences. Je reste persuadé qu’une liste commune, avec sa dynamique, nous aurait permis de passer le cap des 10% (dont nous ne sommes déjà pas très loin en additionnant les scores des deux listes). Et même simplement avec un score situé entre 5 et 10%, nous aurions certainement pu imposer une fusion des listes à Jacques Peyrat. Je crois que la situation serait toute différente si nous étions présents au conseil municipal pour nous opposer réellement à la politique dramatique menée par Christian Estrosi. Nous aurions aussi, je pense, pu empêcher – en l’armant politiquement – l’implosion du groupe peyratiste. La décision du FN parisien a offert six ans de tranquillité au sein du conseil à Christian Estrosi.

    Vous comprendrez que je sois aujourd’hui assez frileux, et plus que précautionneux à l’évocation d’accords ou d’entente… mais reste néanmoins ouvert à toute discussion, avec le FN comme avec tout autre force politique pensant avoir des combats et objectifs communs avec nous.

    PLH- Votre mouvement compte-t-il suffisamment d’adhérents et de sympathisants pour pouvoir présenter des candidats dans tous les cantons renouvelables ?

    PV- Oui. Nous sommes aujourd’hui en mesure de pouvoir présenter des candidats sur tous les cantons renouvelables du département. Concernant les cantons niçois (ville et montagnes), la plupart de nos candidats sont déjà connus puisque nos responsables de cantons labourent le terrain depuis qu’ils ont été désignés en septembre dernier. En dehors du Pays Niçois, nous avons développé des groupes identitaires sur Antibes, Menton et Cannes (le plus important puisqu’il compte une section de jeunes et une section du Bloc) ces derniers mois, et pouvons donc couvrir l’ensemble du département.

    Néanmoins, la participation électorale n’étant pas un objectif en soi pour nous, nous n’avons pas encore arrêté les cantons extra-niçois où nous serons présents. Ceux-ci doivent correspondre à de véritables enjeux locaux d’implantation sur le long terme.

    PLH- Quel score pensez-vous faire lors de ces prochaines élections ?

    PV- Je n’aime pas trop les pronostics, mais je pense que nous devrions dépasser les 5% dans plusieurs cantons niçois et peut-être créé une véritable surprise sur un ou deux d’entre eux. Pour nous qui avons de très faibles moyens financiers, cette étape des 5% est très importante car elle nous ouvre le remboursement de nos frais électoraux et donc la possibilité d’engager un peu plus de moyens dans nos campagnes, et de ne pas amputer financièrement nos autres activités.

    Je pense que la cantonale partielle que vous évoquiez plus tôt, où Benoît Loeuillet avait recueilli près de 8% des suffrages, est assez représentative de notre implantation actuelle.

    PLH- Et le Front National, dont le score dans les Alpes Maritimes fût très bon pour les élections régionales, quel score pensez-vous qu’il puisse faire ?

    PV- Il est exact que le FN a réalisé un assez bon résultat lors des élections régionales (on pourrait néanmoins tempérer par rapport à 2004) par rapport à sa chute vertigineuse de tous les scrutins précédents. Je pense néanmoins qu’une élection régionale avec Jean-Marie Le Pen comme tête de liste –dans le cadre particulier de son dernier tour de piste- et une élection cantonale ne se situent pas dans le même registre. Une cantonale est une élection très local, avec donc une énorme prime à l’implantation, à l’enracinement. On ne la gagne pas uniquement avec un discours et une image nationale. Sans prédire du score du FN, je constate en tous cas qu’il n’a aucun candidat véritablement implanté à présenter sur Nice. Je parle ici de gens habitant dans les quartiers où ils se portent candidats, étant membres d’associations, commerçants, etc.

    Je pense que là aussi (avec peut-être une légère embellie) nous devrions retrouver un résultat se rapprochant des scores observés lors des cantonales de 2008 ou lors des élections partielles survenues depuis.

    PLH- Pensez-vous être mieux implanté que le FN dans les Alpes Maritimes ?

    PV- Cela dépend ce que vous entendez par implantation. Le FN réalise de meilleurs résultats (de très peu sur Nice, comme vous l’avez déjà souligné) et bénéficie d’une plus importante notoriété sur l’ensemble du département. Les Identitaires existent depuis 2002, le FN 1972… Il est néanmoins certain qu’en huit ans d’existence et trois ans de présence aux élections locales sur Nice, nous avons connu une progression exceptionnelle. Nous bénéficions aujourd’hui, par notre réseau d’adhérents et de sympathisants, d’importants relais dans la population et dans tous les quartiers niçois. Nous avons une influence prépondérante parmi la jeunesse niçoise (d’après le Figaro, nous réalisions le deuxième score “à droite” chez les moins de 25 ans derrière Christian Estrosi lors des municipales de 2008), ce qui nous permet d’être assez confiants pour les années à venir. D’autre part, notre dynamique militante est permanente et, si nous souffrons plus que tout autre de la mainmise de l’UMP sur les médias locaux, ceux-ci ne peuvent pas en permanence faire l’impasse sur nos actions et coups d’éclat. Nous ne laissons rien passer et sommes sur tous les fronts. Les Niçois le savent et reconnaissent en nous la principale opposition à la politique destructrice du maire et de son équipe.

    PLH- Une partie des électeurs sont communs aux identitaires et au Front National. Pourquoi les électeurs devraient-ils voter pour vous plutôt que pour le FN ou inversement ?

    PV- Je ne suis, pas certain qu’il existe tant d’électeurs faisant la navette entre vote FN et vote identitaire. Bien sûr, il y a certainement parmi nos électeurs d’anciens électeurs frontistes, mais si le FN veut retrouver ses électeurs ayant déserté il devrait plutôt aller chercher du côté de l’UMP et des abstentionnistes. Pour être plus clair : ceux qui nous reprochent bêtement la chute du vote FN devraient regarder ailleurs et éventuellement chercher les causes chez eux pour commencer !

    Ce que j’évoque ici est étayé par des résultats concrets. Aux cantonales de 2008, le FN a réalisé un score sensiblement identique dans les cantons où nous présentions des candidats et ceux dont nous étions absents. Il y a un an, lors d’une cantonale partielle à Saint Roch, le FN n’est pas parvenu à présenter un candidat. Nous n’avons pas pour autant réalisé un score signifiant le report des voix habituelles du FN vers notre représentante.

    Cela semble parfois dur à réaliser pour des membres du FN, mais il existe réellement un électorat identitaire, n’ayant parfois jamais voté pour le FN ou été sensible à ses propositions.

    Dès lors, que dire pour convaincre des électeurs du FN de voter pour nous ? Simplement que le seul “vote utile” est celui qui fait avancer ses idées et ses combats. Je crois que le mouvement identitaire est porteur d’un véritable renouvellement et d’un immense espoir. Nous avons prouvé notre capacité à résister au politiquement correct et à la répression, notre dynamisme et notre désintéressement. Ils peuvent encourager notre résistance… ou continuer à élire des gens qui ne font rien, ou si peu.

    PLH- D’un point de vue autre que sémantique, qu’est-ce qui vous différencie du Front National ?

    PV- Tout d’abord, la sémantique ne me semble pas anodine en politique, la façon dont on nomme les choses est celle dont on les perçoit et on les caractérise.

    Stratégie, méthodes, idées – les domaines où nous différons ne manquent pas.

    > Sur le plan des idées tout d’abord. Nous avons observé depuis quelques années une crispation stato-nationaliste et jacobine au sein du FN. Dans les années 90, le FN éditait une affiche “les patries charnelles à l’assaut du jacobinisme” et voilà qu’en 2007 Marine Le Pen (Le Pen n’étant pourtant pas un nom francilien me semble-t-il…) attaque les langues régionales en considérant que les panneaux bilingues en Bretagne sont une menace pour l’unité française au même titre que l’apprentissage de l’arabe dans les banlieues françaises. On a vu apparaître de plus en plus souvent l’expression “Etat-nation” dans les interventions des cadres du FN, là où l’on parlait auparavant de Nation (simplement) ou de Patrie. Pour notre part, sans méconnaître le rôle primordial de la nation, nous envisageons l’identité à trois niveaux : identité charnelle (le niveau local ou régional, la petite patrie), identité historique et nationale (la France), identité civilisationnelle (l’Europe). Notre attachement aux provinces ou régions ne diffère d’ailleurs pas de celui affiché par les maîtres du nationalisme français traditionnel Maurras et Barrès. À chacun de ces niveaux d’identité nous reconnaissons aussi une part de liberté, une souveraineté partagée, selon le principe de subsidiarité (énoncé notamment par la Doctrine sociale de l’Eglise) qui veut que tout ce qui peut être géré à un niveau le soit. C’est tout l’inverse du centralisme jacobin qui est la règle à Paris comme à Bruxelles… Nous considérons que nier une part de notre identité, c’est s’amputer d’une part de nous-mêmes. Locale, française, européenne – chaque part de notre identité est un rempart au mondialisme massificateur. Les nationaux qui se compromettent dans la défense du jacobinisme et du centralisme parisien font une erreur fondamentale. C’est bel et bien la Révolution française en imposant l’idée d’un citoyen français indifférencié, dénué de toutes attaches (famille, quartier, religion, région, métier, etc.), qui a préparé le citoyen du monde actuel. Le principe a juste été poussé un peu plus loin. Les identitaires sont au contraire les défenseurs d’une citoyenneté réelle, incarnée, vécue, héritée. Défenseurs des identités locales et régionales, nous sommes partisans d’une France fédérale renouant avec les libertés provinciales qui ont été la règle dans son histoire politique (la République jacobine n’a que 200 ans, et rappelons-nous qu’elle s’est imposée de peu – que cela soit face aux Girondins ou face aux monarchistes). De la même façon, nous refusons le discours totalement anti-européen du FN (qui se refuse à faire la différence entre l’Europe et l’Union Européenne et entretient ainsi une confusion très dangereuse) et nous considérons comme alter-européens, partisans de la construction d’une Europe politique, mais différente de celle que l’on nous bâtit aujourd’hui (en trahissant d’ailleurs la pensée originelle d’une partie des pères fondateurs de l’Union Européenne). Nous sommes à l’heure de la constitution de grands blocs civilisationnels concurrentiels, et ceux qui ne sont pas Européens de cœur, devrait au moins être des Européens de raison. Refuser tout projet européen, c’est in fine faire le choix de la soumission de la France à l’OTAN et aux USA. Nous voulons des régions fortes, dans une France forte et une Europe forte. Et tout cela ne nous semble pas antinomique ou incohérent.

    Sur le plan économique, contrairement à un FN qui navigue un peu à vue entre prises de position libérales et un certain républicanisme social, nous affirmons un projet alternatif à travers le localisme qui se situe à la confluence de l’écologie et de l’économie. La logique étant de promouvoir par le jeu de taxes et détaxes l’embauche locale, la production locale, le commerce local. Pragmatiquement : détaxer les fruits cultivés dans le haut-pays et vendus sur un marché niçois, taxer davantage ceux produits dans une autre région, surtaxer ceux produits au bout du monde.

    > Sur le plan des méthodes, nous ne croyons pas au tout-électoral et la participation électorale doit à nos yeux être envisagée comme un moyen (important certes) parmi d’autres pour faire avancer nos combats. Comme je l’ai évoqué plus haut, le tropisme électoral ou partisan fait souvent dévier de son objectif principal. Assurer la survie du parti, ses bons résultats électoraux, devenant la fin et plus le moyen. C’est notamment ce refus de l’esprit partisan qui nous a fait mener de nombreuses actions sans en revendiquer la paternité. Je peux par exemple évoquer (puisque l’extrême-gauche l’a révélée), l’action menée à Triel-sur-Seine contre la présence de gitans, avec pression sur le maire et le préfet à travers un collectif d’habitants que nous avons initié.

    Nous proposons de mener le combat sur tous les fronts : participation électorale, action associative (notamment à travers la participation aux Comités de quartiers, etc.), action culturelle, réseaux d’entraide et de solidarité, activisme de terrain et activisme sur le web, ouverture des maisons de l’identité, lobbying… Les domaines d’intervention ne manquent pas, et nous considérons -avec Gramsci et la Nouvelle Droite- que la prise de pouvoir culturelle précède toujours la prise de pouvoir politique. Il ne s’agit pas uniquement d’emporter une élection, mais d’y préparer la société.

    > Sur la stratégie enfin, mais cela est en parfaite adéquation avec ce que j’évoquais auparavant, nous pensons qu’il faut se concentrer sur des objectifs locaux. Plutôt contrôler une faculté un quartier, une ville que s’épuiser dans des luttes nationales sur lesquelles nous n’arrivons pas à peser. Dans ce sens, si nous considérons que les élections présidentielles sont un moment important, nous différons du FN qui en a fait une fixation en délaissant les scrutins locaux. D’où d’ailleurs la dramaturgie des 500 signatures à chaque scrutin. Si le FN avait plus d’élus locaux il n’aurait pas autant de problème à réunir ces parrainages…

    La Lega Nord en Italie a démontré la justesse de cette stratégie. Elle s’est emparée de villes, de provinces, aujourd’hui de régions, jusqu’à participer au gouvernement en y imposant ses vues.

    Dans le même ordre d’idées, nous n’avons pas de scrupules à assumer une certaine dose de communautarisme dans notre démarche. Pas un communautarisme de repli, actant notre défaite et notre état de (future) minorité sur notre propre sol, mais un communautarisme combattif. Celui qui construit un bastion, le camp de base de ceux qui veulent encore vivre selon leur identité, pour mieux partir à la Reconquête.

    PLH-Ne pensez-vous pas que le mouvement identitaire en général, manque de couverture médiatique ?

    PV- Nos détracteurs (dans le camp national notamment) trouvent au contraire que nous sommes bien trop médiatisés… Evidemment nous souhaiterions avoir bien plus d’espace pour nous exprimer, et développer nos points de vue. C’est notamment à l’origine pour cela que nous sommes allés vers les élections, forcer les médias à parler de nous. Prenant acte du muselage de la presse, nous avons aussi appris à créer nos propres médias et notre propre agenda médiatique. Nos actions “choc” ont souvent pour but d’attirer l’attention des médias sur un événement ou sur une de nos prises de position.

    Ceci étant, notre couverture médiatique a tendance à s’amplifier (hormis sur le plan local avec des journaux totalement soumis à la municipalité…) même si nous attendons avec impatience une vraie opportunité telle qu’une grande émission politique en direct. Cela viendra.

    PLH – Le président du bloc identitaire est totalement inconnu du grand public, à quoi pensez-vous que cela soit du ?

    PV- En premier lieu à notre mode de fonctionnement. Fabrice Robert, le président du Bloc, n’est pas un tribun, un conducator ou que sais-je… Nous ne sommes pas un mouvement où le culte de la personne, du chef et commandeur suprême, est la règle. Nous aurions plutôt tendance à nous considérer comme une assemblée de pairs, à favoriser la collégialité. Fabrice est notre président parce qu’il est le plus respecté d’entre-nous, le plus travailleur, le plus à même de coordonner les efforts. Pas parce qu’il cherche les caméras ou la célébrité.

    Monsieur Vardon, bien que nous soit inconnu l’accueil qui sera donné à cet article à l’heure où nous écrivons ces lignes, et il paraît évident que certains vont crier à la traitrise, il nous paraissait important de vous donner la parole. Avant tout pour expliquez votre parcours politique afin de détruire certains mythes, mais également pour expliquer au plus grand nombre ce qui caractérise le Mouvement Identitaire. Il nous paraissait également important de montrer les convergences et les divergences entre le Front National et le mouvement que vous représentez.

    Merci à vous pour votre accueil.

    PIERRE-LOUIS HIKOUM

    3 réponses à “Entretien avec Philippe Vardon”

    1. Sentenza dit :

      Sacré différence de gabarit entre les 2 .

    2. Franck dit :

      On s’en fiche un peu de la différence de carrure. Toute interview est bonne à prendre. Bonne prestation de Mr Phillipe Vardon au passage.

    3. LouSpagnou dit :

      C’est bien Philippe ! Voilà un discours clair et parfaitement compréhensible.

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