Dans le journal gratuit de propagande sarko-estrosiste (tellement dédié à l’UMP qu’il ferait passer Nice Matin pour un quotidien subversif !) Direct Nice, la conseillère municipale UMP Maty Diouf déclarait vendredi dernier « Nous sommes des citoyens du monde ».
Maty Diouf qui connaît certainement fort peu l’histoire de Nice et du Pays Niçois (mais peut-on vraiment lui en vouloir quand Christian Estrosi et même son délégué au patrimoine Jean-Marc Giaume, caution nissarde dans le casting municipal, nous infligent une semaine délirante sur l’abolition de l’esclavage ou prétendent commémorer un « rattachement » dont tous les historiens savent bien qu’il ne fut qu’une annexion…), n’a finalement atterrie ici que par les hasards des déplacements de population et de l’immigration massive. Il est sans doute alors plus facile pour elle de se proclamer (avec des trémolos dans la voix comme il convient) « citoyenne du monde », que de s’interroger sur son identité, ses racines, et donc par conséquent sur son déracinement… On peut en revanche lui faire le reproche de vouloir entraîner l’ensemble des Niçois dans son amnésie identitaire en déclarant « NOUS sommes des citoyens du monde ». Maty Diouf s’en serait tenue à sa situation personnelle (dont nous comprenons aisément qu’elle n’est pas confortable ou agréable…), nous ne lui en aurions pas fait le reproche.
Maty Diouf a certainement perdu de vue que depuis les cités grecques où le concept de citoyenneté, la démocratie, et finalement la politique furent inventés, un citoyen se définit par rapport à une appartenance, un lien, oserais-je le dire, une filiation. Une identité en somme. Et même la citoyenneté française, passée par les fourches sanglantes de la Révolution qui se sont efforcées d’en faire un concept détaché de toute réalité tangible et charnelle (famille, région, religion, métier), est encore un tant soit peu (même si Nicolas Sarkozy s’affirme favorable au droit de vote des étrangers) liée à la nationalité. Une nationalité bradée et que l’on accorde à peu près à tout le monde je vous le concède, mais qui n’est pas encore mondiale tout de même.
En réalité, s’affirmer citoyenne du monde, c’est choisir la facilité et refuser toute interrogation profonde. Cela évite des remises en cause, cela facilite la vie, mais c’est tristement stupide.
Mais c’est vrai qu’en matière de stupidité en ce moment, notre équipe municipale s’illustre chaque jour… Tant, qu’il me devient difficile de tenir une chronique régulière des délires en série de la municipalité estrosiste ! Un exemple ? Depuis une semaine, la ville prétend commémorer l’abolition de l’esclavage de 1848, pour encenser le « mieux vivre ensemble ». Croit-on vraiment que c’est en culpabilisant encore et toujours les « blancs » (qui furent quand même, soit dit en passant, les premiers à abolir l’esclavage alors qu’il est encore monnaie courante dans de nombreuses zones du continent africain !) que l’on va favoriser le sacrosaint “vivre ensemble” ? Par ces opérations de masochisme mémoriel, on culpabilise les uns et on offre toujours plus d’excuses aux autres, nourrissant ainsi une haine aux contours revanchards qui n’en a pourtant nul besoin… Si on brûle c’est à cause des discriminations, si on casse c’est à cause du traumatisme colonial et de l’Algérie, si on frappe, c’est à cause de l’esclavage…
Une culpabilisation d’ailleurs imposée aux Niçois au mépris (encore une fois) de toute vision historique : en 1848 Nice n’était même pas française, et l’esclavage n’y a jamais été pratiqué ! Le seul esclavage ayant existé chez nous, c’est celui dont les Niçois ont été les victimes tout au long du Moyen-Age lorsque les pirates musulmans venaient enlever hommes et femmes sur nos côtes pour les revendre sur les marchés aux esclaves d’Afrique du Nord. Mais cela, bien évidemment, doit être occulté…
Mais revenons à la sympathique Maty Diouf. Celle qui se voudrait citoyenne du monde (et nous avec !) est en fait d’origine sénégalaise, comme Rama Yade (qui vient de se forger une popularité sans limites à Nice en poussant la dissolution du groupe de supporters « Brigade Sud », ce qui lui a valu d’être très amicalement saluée par l’ensemble du stade lors du dernier match…). Encore une fois Estrosi ne cherche pas l’originalité, mais l’imitation de son maître Sarkozy. Maty Diouf est la « black » du casting municipal d’Estrosi. Tout comme il a sa beurrette, son handicapée… Et forcément, en tant que « black » elle se retrouve déléguée à l’intégration et à la lutte contre les discriminations. Comme si sa condition d’africaine la condamnait à cette mission, comme si une « black » ne pouvait être ailleurs, ou même (je sais, je suis audacieux…) un blanc ne pouvait s’occuper d’intégration ? Dans le casting, c’est chacun bien à sa place. En fait, c’est peut-être à l’UMP qu’on a une vision racialiste de la politique ?
Ceci étant, en matière d’intégration, on peut tout de même se demander comment cette franco-sénégalaise, se revendiquant citoyenne du monde, peut venir en aide aux immigrés ? Pour Maty Diouf finalement, ici ou ailleurs c’est pareil, alors s’intégrer à quoi ?
Maty Diouf est une déracinée. Elle n’a pas d’attaches réelles avec notre terre (si ce n’est son mandat de conseillère municipale), et surtout, elle ne semble pas avoir voulu en construire. Car s’affirmer ainsi citoyenne du monde, d’autant plus quand on est une immigrée, c’est bien nier tout sentiment d’attachement (à défaut de lien charnel) avec une terre et une histoire… C’est triste. Mais le plus grave dans tout cela, reste bien le fait que cette conseillère municipale, veuille faire de son cas (et son choix) une considération étendue à l’ensemble des Niçois. Qu’elle veuille s’affirmer sans patrie et sans identité, c’est son droit, mais en aucun cas en revanche nous ne lui reconnaissons celui de parler au nom des Niçois en affirmant « NOUS sommes des citoyens du monde ».
Non Mme Diouf, les Nissarts ne sont pas des citoyens du monde. Sian d’aqui e pas d’aia, d’una terra qu a un noum e un’istoria. Niçois de vieille souche, comme Niçois plus récents mais ayant fait le choix et l’acte d’amour pour cette terre de l’enracinement, nous avons une histoire, une culture, une langue, un art de vivre, des paysages et une architecture qui nous font différents. Non pas supérieurs, mais différents. La diversité que vous et vos amis avez si souvent à la bouche, la vraie diversité c’est celle-là : celle des peuples et des patries, des odeurs et des couleurs, des accents et des chants de la plus longue mémoire. Pas votre diversité technocratique, celle d’une masse mondialisée informe, d’un village global peuplé de zombies plus ou moins multicolores sans mémoire et sans passé. Donc sans avenir.
Nos ancêtres ont ensemencé cette terre de leur sueur et de leur sang. Ils ont tracé ces routes, bâti ces maisons. Quand vous traversez cette ville, vous vous imaginez que ce sont des « citoyens du monde » qui en ont fait un tel paradis ? Non ce sont les gens d’ici, des Niçois.
Je ne suis pas un citoyen du monde, je suis un citoyen niçois, avec 3 000 ans d’histoire derrière moi, avec nos héros, nos drames. N’insultez pas mes ancêtres.
Je terminerai par ces quelques vers d’Agathe-Sophie Sasserno (que vous ne connaissez certainement pas Mme Diouf) dans son poème dédié à Catherine Ségurane (pour nous une héroïne, pour vous une inconnue) :
Oh ! viens par ton exemple enflammer nos enfants,
Presse-les, noble sœur, dans tes bras triomphants,
Rappelle à leur âme aguerrie,
Que le premier devoir est d’être citoyen,
Et qu’après la vertu, le plus sublime bien
Est l’amour saint de la patrie.
Et vous Maty Diouf, quelle est donc votre patrie ?
Philippe Vardon
PS : Signalons, comme élément de réponse peut être, que toute citoyenne du monde qu’elle soit, Maty Diouf mène plusieurs projets humanitaires au Sénégal…
